Erosion, tassement, baisse de biodiversité et de matière organique... Autant de menaces qui pèsent aujourd'hui sur les sols européens, réduisant leur fertilité et leur potentiel de stockage de carbone. Une situation pour le moins alarmante très souvent liée à des pratiques agricoles inadéquates. Voilà pourquoi la Commission européenne a financé un projet de recherche d'envergure visant à identifier les meilleures pratiques et à favoriser leur adoption plus large par les agriculteurs. Nom de code du projet mis en avant à l'Exposition universelle de Milan 2015 : "Catch-C".

Les pratiques agricoles au banc d’essai

De 2012 à 2015, les chercheurs de Catch-C ont évalué l'impact à long terme de 55 pratiques agricoles différentes testées dans 291 essais de terrain à travers l'Europe. S'il n'existe pas de solution miracle, l'analyse a toutefois révélé que certaines pratiques augmentent bien le stockage de carbone organique par les sols : cultures intermédiaires, engrais verts et organiques, non-labour, techniques culturales simplifiées, etc. Autre grand enseignement : les effets des bonnes pratiques sont fortement influencés par les politiques menés à l’échelle locale et se manifestent souvent très lentement. "Ainsi, les politiques européennes devraient laisser aux décideurs locaux la possibilité de choisir leur priorité vis-à-vis des sols  et faciliter les décisions de gestion s’inscrivant sur le long terme", indique Nadine Turpin. 

Favoriser les bonnes décisions

Les chercheurs ont ensuite mené une enquête auprès de 2 520 agriculteurs de 8 pays européens représentant 24 zones différentes. Objectif : recueillir leurs pratiques actuelles et leur opinion sur les bonnes pratiques reconnues dans le cadre des essais. L'ensemble des résultats ainsi obtenus a permis d'identifier les multiples verrous et les leviers d'adoption des bonnes pratiques. Principaux enseignements : les agriculteurs n'ayant pas adopté les bonnes pratiques y voient beaucoup plus de barrières techniques et économiques que ceux qui les ont adoptées. Mais les barrières à l’adoption résultent aussi du contexte régional (législation, texture du sol, conditions climatiques…) et agricole (culture implantée).

"Il ressort aussi de cette enquête un réel besoin de conseil indépendant, notamment sur le travail du sol". Les chercheurs ont ainsi mis au point un outil d'aide à la décision accessible en 7 langues sur Internet. Baptisé KnowSoil, il permet aux agriculteurs, conseillers, enseignants d'évaluer l'impact d'une pratique sur une foule d'indicateurs comme le stockage de carbone, ou de trouver la meilleure pratique pour atteindre un critère de qualité du sol particulier.

 

Partenariat : le projet rassemble un consortium de 12 équipes de recherche de 8 pays européens (Espagne, Allemagne, Pays-Bas, France, Pologne, Belgique, Italie et Autriche).