Des engins agricoles toujours plus gros et plus puissants... Cette course permanente à laquelle se livrent depuis des années les géants du machinisme agricole a permis sans conteste d'accroître la productivité. Revers de la médaille : ces engins de plus en plus lourds finissent par éroder et surtout compacter les sols, ce qui altère leur structure, leur fertilité, la vie qu'ils abritent... et au final, leur capacité à stocker du carbone. Par ailleurs, le changement climatique, en augmentant la fréquence des fortes précipitations sur de courtes périodes, aggrave le risque de lessivage et d’érosion des terres compte tenu de la réduction des capacités d’infiltration de l’eau des sols compactés.  

Un pneu « intelligent »

Face à ce véritable fléau, diverses recommandations sont aujourd'hui préconisées au cas par cas : choix de pneus moins impactant, sous-solage pour décompacter en profondeur, techniques culturales réduisant le nombre d'interventions au champ, choix de cultures permettant aux sols de mieux résister, etc. A Irstea, les chercheurs et les ingénieurs explorent des solutions  de précision. Ils ont par exemple développé et breveté un pneu bardé de capteurs, capable de mesurer en temps réel plusieurs grandeurs : déformations du pneu, humidité du sol, charge à la roue, etc. De quoi cartographier le tassement à l'intérieur de la parcelle... et prendre les décisions qui s'imposent : éviter de repasser sur les zones sensibles, adapter la pression des pneus, repousser à plus tard une intervention au champ, etc. 

Des robots dans les champs

Les chercheurs explorent une voie encore plus avant-gardiste : remplacer les lourdes machines agricoles actuelles par des flottes d'engins de taille moyenne évoluant en convoi autonome, et qui en combinant leurs efforts, offrent le même rendement de chantier. Sous le contrôle d'un tracteur embarquant l’opérateur, ces engins robotisés dialogueraient en permanence entre eux pour se coordonner en fonction du terrain, des éventuels obstacles, etc. "Dans le cadre du projet SafePlatoon *, nous avons réalisé un convoi constitué de 2 engins robotisés et d'un tracteur piloté par un opérateur", indique Michel Berducat. Pour cela, l'équipe d'Irstea a notamment développé les algorithmes de commande permettant à chaque robot de maintenir son positionnement par rapport aux autres machines, et d'anticiper sa progression en fonction des caractéristiques du sol : pente, adhérence, etc. Autre avantage,  ce type d'engins de taille et puissance moyennes serait mieux adapté à des systèmes d’alimentation en énergie renouvelable (ex : pile à combustible). De quoi encore réduire les émissions agricoles de gaz à effet de serre !

 

Partenaires : UTBM, Institut Pascal (UMR CNRS/UBP/IFMA), Civitec, DGA

 * Projet ANR 2011-2014