En exposant de manière irréfutable la réalité du changement climatique, les rapports successifs du GIEC ont incité les responsables politiques à envisager des plans d'adaptation. Cela suppose au préalable de connaître l'évolution future de différents compartiments de l'environnement. En 2010, le Ministère de l'Ecologie a donc lancé le projet Explore 2070. Il s'agissait d'estimer les effets du changement climatique et des évolutions socio-économiques sur les milieux aquatiques et les ressources en eau d’ici cinquante ans. Premier diagnostic à l'échelle du territoire national, Explore 2070 devait également évaluer différentes stratégies d'adaptation.

Débits d’étiage revus à la baisse

Chargés des eaux de surface, les chercheurs d’Irstea ont construit une chaîne de modélisation d’après plusieurs modèles climatiques (pour prendre en compte les incertitudes) "informés" par un scénario médian d'émission de gaz à effet de serre. Les projections montrent une augmentation de température de 1,4 à 3°C sur le territoire d'ici aux années 2046-2065. Les précipitations, plus variables, baisseront probablement en été. Ces résultats ont été injectés dans deux modèles hydrologiques. Au total, les débits journaliers ont été simulés, sur toute la période cible, pour plus de 1500 points du réseau hydrographique français. Malgré les incertitudes, toutes les projections indiquent une baisse très significative des débits moyens. Pour la plupart des cours d'eau, la diminution des débits d'étiage est encore plus prononcée. "La diminution de la ressource, notamment en Adour-Garonne et en Seine-Normandie, est un signal fort" souligne Charles Perrin. L'évolution semble plus hétérogène pour les crues.

Quelles stratégies d’adaptation ?

Ces résultats, ainsi que ceux d'autres groupes consacrés aux nappes souterraines, au littoral, à la biodiversité aquatique et à des études de prospective démographique et socio-économique, ont ensuite été intégrés dans un modèle systémique. Il s'agissait alors de tester différentes stratégies d'adaptation, allant d'une consommation accrue à une politique volontaire de sobriété. "Aucune stratégie n'évite les tensions sur l'eau. La sobriété limiterait les difficultés, mais les autres multiplient les problèmes". Les incertitudes inhérentes à ce type de prospective ne dispensent pas d'agir dès maintenant, d'autant qu'il existe de nombreuses actions "sans regret", c'est-à-dire utiles et économiquement sensées quel que soit l'impact réel du changement climatique. La chasse aux fuites, les systèmes d'anticipation des sécheresses ou l'éducation aux pratiques plus sobres en font partie.

Partenaires : le projet a été porté par la direction de l'eau et de la biodiversité du Ministère de l'écologie, de l'environnement et de la mer, avec la participation de l'ONEMA, du CETMEF, des agences de l'eau, des DREAL, du bassin, du CGDD, de la DGEC et de la DGPR. Il a rassemblé une centaine d'experts venant d'établissements de recherche et d bureaux d'études spécialisés. 

Les travaux sur "Hydrologie de surface" ont impliqué BRLI (coordinateur) - Météo France et Irstea