Hier le "reverdissement", aujourd’hui la "revégétalisation". La nuance peut paraître subtile et pourtant, nous sommes passés d’un simple "coup de pinceau" à une véritable démarche de restauration écologique durable. En effet, les enjeux environnementaux sont au cœur des politiques de développement des territoires. D’autant plus en montagne où cohabitent activités agricoles et touristiques. De nombreux aménagements (pistes de ski, retenues collinaires, urbanisation, etc.) fragilisent voire détruisent le couvert végétal, qui doit alors être reconstitué. Les collectivités locales ou structures privées sont de plus en plus attentives à limiter leur impact, mais les actions de revégétalisation ne sont pas toujours concluantes : utilisation de semences peu adaptées aux milieux, utilisation d’intrants en quantité élevée, …

Dans ce contexte, un projet de recherche a étudié la pertinence et la faisabilité de la création d’une filière de récolte de semences locales dans les Alpes françaises et italiennes, en y associant des agriculteurs. Dans un contexte de baisse générale des revenus agricoles en montagne, la diversification des revenus peut s’avérer un atout important. La création d’une telle filière aboutirait à un produit local d’intérêt pour les aménageurs (protection des talus de l’érosion, maintien du manteau neigeux et de la qualité environnementale recherchée pour le tourisme), mais aussi pour les producteurs eux-mêmes (préservation d’habitats à haute valeur écologique, diversification des prairies, fourrage plus résistant aux conditions d’altitude, etc.).

Pour une revégétalisation durable… et locale !

"Pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on peut trouver sur place !" En effet, la provenance des semences est essentielle : les semences locales, plus adaptées aux sites à revégétaliser, vont résister plus longtemps aux conditions parfois extrêmes rencontrées en montagne. Des semences adaptées à l’altitude donc, compatible avec le pastoralisme, et qui favorisent le retour plus rapide d’une végétation typique des prairies d’altitude. Car, sans coup de pouce, un couvert végétal met entre 20 et 30 ans pour se reconstituer !

Le développement d’une filière de semences locales permettrait également de réduire les coûts et les quantités nécessaires. En effet, l’idée est de mettre en place une filière courte production/distribution/utilisation, basée sur la proximité géographique entre le site de récolte et le site à revégétaliser. Des prairies semi-naturelles dédiées à cette production pourraient être recréés, rejoignant les politiques d’aménagement durable des territoires.

Au plus près des acteurs

La première étape du projet a été de recueillir les besoins et attentes des aménageurs de la montagne (stations de ski, collectivités locales, entreprises, etc.) vis-à-vis de l’utilisation des semences locales. Des expérimentations sur le terrain ont ensuite suivi, afin de vérifier la faisabilité technique et économique de la récolte de ces semences en testant 4 machines différentes, et le potentiel de réussite de la revégétalisation par la comparaison de prairies déjà ensemencées avec des semences locales ou issues du commerce. Une cartographie des zones potentielles de production des semences locales a également été réalisée, sur la base de plusieurs critères (altitude, type de végétation, géologie), elle pourrait permettre de revaloriser des espaces agro-pastoraux jusque-là sous-exploités ou peu rentables.

Tout un réseau d’acteurs, d’interactions et de flux a ainsi été identifié et des recommandations sont proposées. Un autre travail commence alors : le recrutement d’agriculteurs volontaires et la coordination pour la mise en place d’une telle filière. Et cette fois, il est recommandé d’aller chercher des idées et conseils ailleurs ; car il existe déjà des filières spécifiques pour la production de semences locales destinées à la restauration écologique dans les Pyrénées françaises, en Autriche, en Suisse ou encore en Allemagne. Et demain, dans les Alpes françaises ?