Dans les zones de montagne, la sensibilité au réchauffement est nette, en particulier sur l’évolution du manteau neigeux. Néanmoins pour le moment, la nature et l’intensité de la réponse de l’activité avalancheuse au changement climatique restent difficiles à mettre en évidence, ainsi qu’à quantifier précisément. Les chercheurs d’Irstea ont aujourd’hui recours à des analyses statistiques sur l'enneigement et sur le risque d’avalanches en montagne pour, à terme, adapter la prévision et la prévention.

60 ans de données analysées

« Nos modèles statistiques s’appuient sur les données de terrain (données climatiques, d’avalanches, de glaciologie, etc.) et ont vocation à la fois à analyser ces données et à proposer des prédictions », résume Nicolas Eckert. « Nous nous appuyons sur des informations réelles de terrain recueillies sur l’ensemble des Alpes. » Ces données proviennent essentiellement de l’enquête permanente sur les avalanches (EPA), véritable observatoire renseigné par les agents de l’Office national des forêts depuis le tout début du 20ème siècle et géré aujourd’hui par Irstea.

Les travaux d’analyse et de modélisation mettent en évidence que, malgré la forte variabilité interannuelle sur la période d’étude (environ 60 ans), un maximum d’activité avalancheuse se situe autour de 1980, suivi par une décroissance. Inversement, et de manière plus marquée, les altitudes d’arrêt atteintes par les avalanches « rares » descendant jusqu’au fond des vallées sont minimales vers 1980, puis augmentent. « Nos résultats montrent qu’il n’y a pas d’évolution systématique claire, mais qu’en revanche, une forte activité avalancheuse est corrélée à des hivers plus froids, comme on l’observe à nouveau depuis 2000. » L’augmentation de la variabilité des précipitations intenses apparaît quant à elle clairement dans les modèles climatiques.

Et le futur ?

Ces données nous permettent de dessiner une  tendance avec le réchauffement d’avoir moins de neige, et dès lors une diminution de l’activité avalancheuse, surtout à basse et moyenne altitudes. L’évolution de la typologie de la neige est quant à elle liée à l’évolution des précipitations et de la température : elle tend ainsi vers une neige plus humide. Ce résultat pourrait avoir des conséquences pour la gestion du risque, car ce type de neige intervient dans les processus de déclenchement et d’écoulement des avalanches. Ce résultat pourrait donc servir à la gestion du risque dans le futur. « Notre objectif est de décliner nos résultats à une échelle spatiale plus fine, et, à l’échelle temporelle, de regarder en particulier les épisodes de forte activité neigeuse sur quelques jours. »

Partenaires : Météo France, Centre d’études de la neige, Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement