Une des conséquences annoncée du changement climatique en milieu sylvestre serait une augmentation de la fréquence des attaques de pathogènes, liée à l’augmentation des températures. Dans le contexte du changement climatique, le mélange d’essences forestières peut permettre à l'écosystème de mieux réagir en distribuant les risques sur plusieurs espèces et en limitant les conséquences (pertes de production, interruption du couvert forestier) liées à la fragilisation ou à la disparition d'une espèce. Il est néanmoins difficile d’évaluer comment la croissance des différentes espèces serait impactée, les pathogènes s’attaquant souvent à plusieurs essences d’arbres en même temps et de façon répétée.

Retours sur 33 ans de croissance

D’où l’intérêt des travaux menés par Irstea en forêt d’Orléans sur une attaque massive du lophyre du pin (Diprion pini) qui a provoqué d’importants dégâts sur une seule espèce, les pins sylvestres, dans le centre de la France au début des années 80, pendant seulement 2 à 3 ans. La larve de cet insecte, une petite mouche, se nourrit des aiguilles de pin sylvestre, sans attaquer les feuillus. Les défoliations, plus ou moins importantes, ralentissent la croissance des pins, voire la stoppent momentanément. "Sur 9 parcelles de 0,5 à 1 hectare de forêt mélangée (pin sylvestre et chêne sessile), nous avons analysé la croissance de 271 pins et 223 chênes entre 1972 et 2005 grâce aux largeurs de cernes mesurées sur des carottes de troncs, explique Thomas Pérot. Nous avons construit des modèles statistiques de croissance d’une part du pin, d’autre part du chêne, en excluant les données concernant la période perturbée par l’attaque pathogène. Seule l’influence du climat a été prise en compte, à partir des données climatiques connues. Nous avons ainsi pu estimer l’impact spécifique de l’attaque du ravageur sur la croissance de chaque espèce."

Des pertes en production de bois amorties

Plus les pins ont eu une croissance réduite, plus celle des chênes a été favorisée. Entourés de pins défoliés, les chênes ont bénéficié pendant quelques années de cette moindre compétition et probablement aussi de l’amendement du sol dû aux lophyres. Ils ont ainsi, en grande partie, compensé la perte de croissance des pins (estimée entre 27 et 92 %), montrant l’intérêt du mélange d’essences. Au bout de 7 à 10 ans en moyenne, la plupart des pins avaient repris une croissance normale. Ces résultats, extrapolables à d’autres attaques massives de pathogènes spécialistes, ne sont pas généralisables à tous types de forêts mélangées ou aux pathogènes généralistes. Ils montrent, néanmoins, l’intérêt des peuplements mélangés en termes de stabilité de la fonction de production de bois.