En quête de nature, les citadins venus chercher soleil et tranquillité, trouvent parfois… le feu ! La zone méditerranéenne, soumise à une forte pression urbaine (en particulier dans les Bouches-du-Rhône et le Var et les Alpes-MAritimes), a ainsi développé depuis plusieurs décennies déjà de nouvelles configurations du territoire : les interfaces habitat-forêt, caractérisées par de fortes activités humaines au contact d’une végétation inflammable et combustible. Conséquence principale : des départs de feu très fréquents et un phénomène qui s’amplifie. De plus, les statistiques annoncent une augmentation de 20 % de la population dans le sud de la France d’ici 2020. Comment alors prévenir ce risque ? "Que ce soit dans ces zones méditerranéennes ou encore en Australie ou en Californie, les nouveaux habitants de ces interfaces n’ont pas la culture du feu, ni celle de l’entretien du territoire, commente Christophe Bouillon, ingénieur d’études au centre Irstea d’Aix-en-Provence, c’est là que réside le danger !"

Des logiciel de calcul des interfaces

Grâce aux recherches menées par les équipes d’Irstea, la connaissance de ces interfaces s’est considérablement renforcée. Depuis plusieurs années, des chercheurs du centre Irstea d’Aix-en-Provence spécialisés dans le risque incendie, ont développé une méthode et des outils de cartographie :

  • l’identification de 12 types d’interfaces, grâce à une analyse spatiale des interfaces, prenant en compte des critères comme la structure horizontale de la végétation au contact avec le bâti,
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  • la publication d’un guide méthodologique des interfaces habitat-forêt pour les acteurs de terrains (gestionnaires forestiers, élus, etc.) - 2010
  • la mise en ligne d’un logiciel de calcul des interfaces habitat-forêt : WUImap [1] - 2010. L’outil permet de cartographier les interfaces en renseignant la zone, l’obligation de débroussaillement, les données concernant le bâti ; et une carte représentant la végétation, le tout, à l’échelle d’une commune.

Comment cela fonctionne ? Les 4 types d’habitats calculés (isolés, groupés, jusqu’à dense et très dense) sont croisés avec une carte de connectivité de la végétation en place sur le terrain afin de représenter la végétation en terme de propagation du feu..  Cette carte est réalisé grâce à l’imagerie satellitaire produite par des chercheurs du centre Irstea de Montpellier. Ces données sont ensuite superposées pour la réalisation de la carte finale avec les 12 classes d’interfaces. Il est également possible de modéliser l’évolution de ces interfaces ainsi que l’historique des feux à partir de données anciennes fournies par l’IGN, la DDTM ou l’ONF. La Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a ainsi demandé aux équipes une cartographie des interfaces habitat-forêt sur l’ensemble des Bouches-du-Rhône et son évolution sur une période de 10 ans (1999-2009).

Des outil d’aide à la décision

Les élus et gestionnaires en charge de la planification de l’occupation des sols ou encore des risques disposent ainsi de cartes pour évaluer la vulnérabilité d’un bâti, la faisabilité de nouveaux projets (implantation d’un nouveau centre commercial, extension d’une école, etc.) ou encore contrôler le débroussaillement. Le logiciel WUImap a été transmis dès 2010 à toutes les Directions Régionales de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL). Cette méthode peut notamment être utilisée dans la préparation de documents de planification - Plan local d’urbanisme (PLU), Plans de Prévention des Risques d’Incendies de Forêts (PPRIF).

Les équipes scientifiques réfléchissent au développement du logiciel en open-access, pour une large prise en main. Ils travaillent également à un nouveau module afin que les élus puissent évaluer la vulnérabilité de nouveaux bâtis ou de projets de construction.

Une cartographie du risque à l’échelle européenne

Le logiciel a également été adapté à l’échelle européenne : RUImap (Rural Urban Interface). Chaque année, 500 000 hectares sont détruits par les feux de forêt dans les régions méditerranéennes européennes et 90 % de ces feux sont d’origine humaine (accidentelle ou volontaire), la plupart d’entre eux démarrant dans les interfaces habitat-forêt. Les chercheurs d’Irstea ont ainsi travaillé en collaboration avec des équipes espagnoles et italiennes. Objectif ? Développer un outil plus complet, capable de présenter 3 types de cartes complémentaires :

  • Locale (à l’échelle d’une commune, en intégrant le bâti), avec la méthode développée par Irstea et déjà utilisée pour l’outil WUImap : carte des interfaces habitat-forêt.
  • Locale (à l’échelle d’une commune, en intégrant à la fois le bâti et les zones agricoles), développée par l’entreprise espagnole Tragsatec : carte des interfaces rural-forêt.
  • Globale (à l’échelle d’un département voire d’une région), développée par Irstea, avec une résolution de 100m contre 2,50m pour l’outil WUImap : carte des interfaces rural-forêt.

L’outil RUImap [2] a été testé in situ sur 3 zones méditerranéennes : dans la région de Valence en Espagne, en Sardaigne en Italie et dans les Bouches-du-Rhône en France. Ces 3 zones ont en commun une forte augmentation de l’urbanisation, à proximité des zones naturelles ou encore le long des côtes (tourisme), avec une végétation très inflammable. Le logiciel WUImap est en ligne et cohabite avec sa version globale RUImap.

 

[1] WUImap : réalisé avec le soutien du Ministère de l'Environnement, de l'énergie et de la mer

[2] RUImap : logiciel développé dans le cadre des programmes européens Fire Paradox et FUME. Financement de l'Union Européenne, Septième programme-cadre [FP7/2007-2013).