Comment préparer les forêts de demain au changement climatique ? Faut-il miser sur l’adaptation naturelle des essences locales ? Ou tenter la migration assistée en introduisant des espèces indigènes provenant de climats plus secs ? Ou encore installer des espèces exotiques ? En étant trop prudent, le gestionnaire risque de retarder l’adaptation de sa forêt et perdre en productivité. A l’inverse, des introductions malencontreuses peuvent échouer, proliférer ou propager de nouveaux parasites. Le ministère de l’Agriculture et de la forêt propose aux gestionnaires forestiers des fiches-conseils.

Des solutions au cas par cas

"Il n’y a pas encore de consensus scientifique, concède Eric Collin. Une chose est sûre : il faut jouer sur tous les tableaux." Par sélection naturelle, certaines forêts pourront s’adapter aux changements si leur régénération est conduite en favorisant leur diversité génétique (veiller au nombre et à la diversité des arbres semenciers). Pour les peuplements qui dépérissent ou produisent trop peu de fruits, on devra recourir à la plantation de plants génétiquement divers et a priori durablement adaptés au site.  Le choix de l’espèce et de la provenance à mettre en place sera difficile et crucial. Certaines espèces du sud de la France, comme le pin maritime et le chêne pubescent, pourraient être utilisées plus largement. Enfin, sans changer d’espèce et à condition de le faire avec prudence, il ne faut pas s’interdire d’utiliser des provenances issues de contextes climatiques plus chauds et secs.

Agir sur tous les fronts

Exemple de fiche conseil pour le pin maritime."A la demande du Ministère en charge de l’agriculture, nous avons contribué à la révision des 7 fiches de conseil d’utilisation de matériels forestiers de reproduction (voir exemple ci-contre). Elles seront disponibles en octobre 2015. Dans le courant de l’année 2016, d’autres le seront pour la cinquantaine d’espèces soumises à la réglementation". Ces fiches informent sur les espèces et leurs provenances, leur vulnérabilité, les recommandations en matière de migration assistée...

L’institut participe également à l’évaluation de variétés améliorées en termes de production de bois et de résistance à certaines maladies. Il s’agit principalement de peupliers  et de conifères  à croissance rapide (Douglas, mélèze hybride, pin laricio). L’objectif est de conseiller les reboiseurs sur les variétés les plus appropriées à leur forêt selon le risque de gelées tardives ou de déficit hydrique.
C’est donc tout un panel de possibilités misant sur la diversité des espèces, des provenances et des variétés qui peut être mobilisé pour faire face aux aléas climatiques et sanitaires.