Scientifiques, politiques, acteurs associatifs ne cessent de tirer la sonnette d’alarme depuis 20 ans pour préparer la forêt de demain dans un contexte de climat changeant. Or, selon une enquête [1] réalisée en 2014, 43 % des propriétaires forestiers français ne s’inquiètent pas de l’impact du changement climatique pour leur exploitation et seuls 12 % y voient un problème important et commencent à réfléchir à adapter leurs stratégies. Des chercheurs d’Irstea ont voulu comprendre la perception du changement climatique par les propriétaires et leur volonté de faire évoluer leurs pratiques. L’objectif est d'adapter les stratégies de gestion au plus près des possibilités des propriétaires plutôt que de leur imposer des solutions clefs en main qu’ils risquent de refuser ou de ne pas pouvoir appliquer.

Enquête au cœur des Landes

L’étude a été conduite dans la forêt des Landes, un site intéressant à plusieurs titres. Tout d’abord, il s’agit d’une région où les scénarios climatiques à l’horizon 2100 s’accordent sur une hausse des températures et une accentuation des épisodes de sécheresse. Enfin, divers événements passés ont marqué les forêts landaises, comme des feux de forêts de plusieurs centaines d’hectares (1991, 2015), des tempêtes dévastatrices (1999 et 2009) et des attaques régulières de ravageurs. Or, la fréquence de ces événements pourrait augmenter sous l’influence du changement climatique. Des enquêtes qualitatives ont été menées en 2006, 2009 et 2013 auprès de 67 propriétaires forestiers.

Des pratiques contrastées

Les résultats montrent que la plupart des propriétaires interprètent – à tort ou à raison – nombre d’aléas subis ces dernières années à l’aune des changements climatiques. En réponse à cela, leurs  comportements de gestion sont contrastés et peuvent se décliner en 4 modèles : les uns parient sur des modes intensifs de production et optent pour des cycles de production plus courts, certains, à l’inverse favorisent, sur un mode plus extensif, la résilience des peuplements mais avec une incertitude quant aux résultats à venir. D’autres, plus traditionnalistes, opèrent des changements très graduels et au coup par coup, les derniers, découragés, ont abandonné la gestion de leurs forêts. Les organismes techniques, eux préconisent de diversifier les itinéraires sylvicoles pour mutualiser les risques. Mais tous les propriétaires n’ont pas les moyens financiers, techniques ou le niveau de connaissance pour multiplier ces modèles sylvicoles. Le risque n’est donc pas négligeable que cette diversité d’itinéraire se réduise au fil du temps, les propriétaires optant pour une solution unique plus simple à mettre en œuvre et/ou plus rentable à court terme.

Ces résultats soulignent les limites des stratégies individuelles et la nécessité de proposer des solutions collectives pour accompagner les changements de pratiques, en s’appuyant sur des politiques incitatives comme structurer les marchés du bois pour intégrer de nouvelles essences, former et informer les propriétaires forestiers sur les nouveaux itinéraires, adapter les offres d'assurance aux nouveaux risques climatiques, etc.