Après récolte des graines de tournesol, les tiges sont le plus souvent broyées et laissées dans les champs. Certains exploitants les récoltent et les font brûler. Pourtant, parce qu’elles sont composées de fibres (capables d’offrir une bonne résistance mécanique) et d’une moelle très poreuse (apportant une bonne résistance thermique), elles ont a priori les qualités pour faire de bons isolants ! C’est dans ce contexte qu’Irstea en collaboration avec plusieurs partenaires issus de disciplines différentes ont lancé en 2011 le projet Demether [1].  

Quand les déchets agricoles s’offrent une nouvelle vie

Ce projet labellisé par les pôles de compétitivité Céréales Vallée et ViaMéca a pour la première fois mis en évidence les atouts des tiges de tournesol. « L’originalité de notre démarche a été d’utiliser des liants à base de biopolymères que nous avons brevetés », explique Jean-Denis Mathias. « En mélangeant les broyats de tiges avec ces liants, nous avons créé un matériau isolant que nous avons caractérisé. Ainsi, nous avons modélisé son comportement macroscopique à partir de ses propriétés microscopiques. Cette approche de modélisation multiéchelle permet de prédire les propriétés mécaniques et thermiques du produit fini ». Restait ensuite à mettre au point le procédé de fabrication, dont le choix a été orienté grâce à l’analyse de cycle de vie (ACV). Cette approche, développée par des chercheurs Irstea de Montpellier et Clermont-Ferrand, a permis d’évaluer les impacts environnementaux des différentes étapes du procédé.  

Un futur prometteur

Point d’orgue du projet, des prototypes de panneaux isolants de 120 x 60 cm et de 80 mm d’épaisseur, de bonne conductivité thermique [2] (0,06 watts par mètre-kelvin, à comparer à 0,04 pour la laine de verre ou 0,11 pour le béton de chanvre), de très bas coût et valorisable pour la filière agricole, ont été développés. Pour commercialiser ce nouveau biomatériau, des projets de transferts technologiques sont en cours de montage avec plusieurs partenaires industriels.

Partenariat : GEMH (Université de Limoges), ENSACF, ENSAM Cluny, Institut Pascal (UMR CNRS, UBP, IFMA)


[1] Projet ANR 2011-2015

[2] Selon la norme française de réglementation thermique 2012, un matériau est considéré comme isolant si sa conductivité est inférieure à 0,065 watts par mètre-kelvin.