Les rivières intermittentes, ces cours d'eau qui s'assèchent régulièrement une partie de l’année, constituent plus de la moitié du linéaire du réseau hydrographique mondial. Alternativement écosystèmes aquatiques et terrestres, elles abritent une communauté végétale et animale spécifique. Sous l'influence du changement climatique et de prélèvements toujours croissants, la durée et la fréquence de leurs assèchements augmentent, menaçant la survie de leurs communautés biologiques. Pourtant, ces rivières ne sont ni assez étudiées, ni assez prises en compte dans les politiques de l’eau, que ce soit au niveau régional, national ou international. Ces "vides" juridiques ont d’importantes conséquences. "Ce n’est pas parce que ces cours d’eau s’assèchent à certains moments de l’année qu’ils sont déconnectés du réseau des autres rivières. Or les "oublier", c’est laisser faire d’éventuelles pollutions sur ces cours d’eau, qui vont atteindre le réseau hydrographique avec lequel ils sont connectés par intermittence", avance Thibault Datry. Il est donc urgent de mieux recenser, comprendre ces cours d’eau pour mieux les gérer, les protéger et protéger par conséquent l’ensemble du réseau hydrographique.

Une base de données internationale

C'est l'objet, entre autres, du programme international IRBAS, coordonné par Irstea. Concrètement, il s'agit de collecter, homogénéiser et analyser toutes les données parcellaires disponibles dans le monde afin de dégager une vision globale du fonctionnement et de la biodiversité de ces milieux. Il en résultera une base de données, hébergée à terme à Irstea et qui sera accessible depuis des portails internationaux comme Biofresh ou le site du Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF). En 2016, un projet européen Cost devrait prendre le relai d'IRBAS, ainsi que le programme mondial de science participative "the 1000 intermittent river networks".

Les intégrer dans les politiques de gestion

"Depuis une dizaine d'années, la recherche sur les rivières intermittentes rattrape son retard. Au-delà de la collecte de données, nous pouvons désormais tester les méthodologies et des concepts écologiques développés dans les rivières pérennes". Cela permettra, par exemple, de modéliser la connectivité entre différents compartiments (eau de surface, sédiments saturés d'eau, nappe sous-jacente...), de comprendre la dynamique des populations en fonction des niveaux de fragmentation ou mieux appréhender les transferts de matière et nutriments dans les réseaux.

En France, où les rivières intermittentes représenteraient de 25 à 40 % de la longueur totale du réseau hydrographique, des gestionnaires comme les agences de l'eau ou l'Onema se tournent désormais vers les chercheurs pour mieux comprendre ces cours d'eau et les intégrer dans les politiques de gestion.

*2012-2015, financement FRB et Onema

Partenaires : Agences de l’eau, Onema