Les montagnes constituent de véritables châteaux d'eau pour une bonne part de la population mondiale. En Europe, des fleuves aussi importants que le Rhin, le Pô ou le Rhône prennent leur source dans les Alpes. Or, les bassins versants de montagne présentent une hydrologie particulière: les étiages ont en général lieu en hiver et les crues au printemps. En effet, les écoulements dépendent en partie ou totalement de la fonte des neiges, voire des glaciers. Ces cours d'eau sont donc particulièrement sensibles à la température. En cela, les rivières alpines sont des "sentinelles avancées" du changement climatique. Le projet européen AdaptAlp, auquel participait Irstea, visait précisément à évaluer dans les Alpes l'impact du changement climatique.

Nouvelle donne pour les étiages et les crues 

Pour pouvoir dégager des tendances significatives, il a fallu recenser et analyser les données de plus de 300 stations hydrologiques dans les six pays partenaires : Autriche, Allemagne, France, Italie, Slovénie et Suisse. Répartis dans tout l'arc alpin, les cours d'eau étudiés représentaient tous les régimes de montagne : glaciaire, nival, pluvio-nival et leurs intermédiaires. Sélectionnant les stations exemptes d'influences anthropiques majeures et possédant des séries d'enregistrements quotidiens sur au moins quarante ans, en conditions fiables, les chercheurs ont en finalement retenu 177.

Malgré une importante variabilité, plusieurs résultats saillants ont émergé de l'analyse statistique. Ainsi, les étiages hivernaux tendent à perdre de leur sévérité, tant en durée qu'en intensité sur tout l'arc alpin. Partout également, les hautes eaux de printemps commencent plus tôt dans l'année et durent plus longtemps. Les cours d'eau glaciaires voient même augmenter le volume total et l'intensité maximale de ces hautes eaux.

De l’observation …à l’action

Il est tentant d'expliquer ces résultats par l'évolution climatique : de moindres chutes de neige en hiver, remplacées par de la pluie, et une fonte accélérée des glaciers sous l'influence de la hausse des températures. "Nous n'avons pas encore pu réaliser d'analyse liant formellement l'évolution climatique aux changements de régime hydrologique observés, toutes choses égales par ailleurs. Mais le raisonnement "se tient", évidemment" tempère Benjamin Renard. A l'issue de cette phase de recueil et d'analyse des données, il est encore trop tôt pour construire des modèles, simuler le futur des cours d'eau alpins et envisager des stratégies adaptatives à l’échelle de tout l’arc alpin. C'est pourquoi les connaissances créées par AdaptAlp, et d'autres programmes similaires, nourrissent aujourd'hui de nouveaux projets européens, dont l’objectif est de proposer des voies d’action sur les territoires.