La Durance et son affluent le Verdon alimentent un bassin versant aujourd'hui fortement artificialisé et, par transfert, des agglomérations comme Marseille. Les eaux y sont régulées par de nombreux canaux et ouvrages, dont celui de Serre-Ponçon. Aux usages traditionnels de l'eau – irrigation, eau potable, hydroélectricité, industrie – se sont ajoutés récemment les loisirs nautiques et le maintien de la qualité des milieux. Ces demandes, parfois antagonistes, devraient s'intensifier avec les évolutions socio-économiques et démographiques de la région Provence Alpes Côte d’Azur. Le changement climatique imposera une contrainte supplémentaire à une ressource déjà très sollicitée.

Coupler projections climatiques et socioéconomiques

Le devenir de la ressource en eau et de son partage dans le bassin de la Durance au milieu de ce siècle a fait l’objet du projet R²D² 2050 coordonné par Irstea. Trois ans de travail ont été nécessaires pour concevoir un modèle numérique « multidimensionnel » représentant à la fois la ressource naturelle disponible, les demandes et prélèvements pour les différentes activités humaines et les règles actuelles de gestion des réserves. Cet assemblage, conditionné par plusieurs scénarios d'évolution socio-économique et de changement climatique, a fourni des éclairages sur la pérennité du mode de gestion actuel. Les projections climatiques indiquent une augmentation des températures et une diminution du manteau neigeux, induisant des étiages estivaux plus sévères. Il faut donc s’attendre à une ressource globalement moins abondante au moment le plus critique. Les projections socioéconomiques donnent des résultats contrastés, suggérant un maintien ou une baisse sensible de la demande en eau. Ils constituent donc de loin le principal facteur d'incertitude. Au final, la pression sur la ressource serait accrue.

Un nouvel équilibre à débattre

Selon Eric Sauquet coordinateur du projet, "le remplissage des barrages en 2050 semble garanti mais tous les usages ne seront pas satisfaits de la même manière si les règles de gestion actuelles ne sont pas modifiées". L'eau potable, l'irrigation et le "service écologique" étant considérés comme prioritaires dans les simulations, l'hydroélectricité et loisirs aquatiques semblent plus vulnérables aux changements. L’ouvrage de Serre-Ponçon pourrait être plus sollicité (avec des volumes requis supérieurs à la valeur contractuelle de 200 Mm3 qu'EDF doit réserver pour l’agriculture) si les usages de 2050 restaient « figés » à ceux de 2010. Ce résultat doit encourager la mise en œuvre de mesures "sans regret" (modernisation des réseaux d’eau potable, évolution des pratiques d’irrigation, etc.) et à ouvrir le débat sur un nouvel équilibre entre les usages.

*2010-2013, cofinancement par l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et le ministère en charge de l’environnement

Partenaires : EDF, LTHE, Actéon, Société du Canal de Provence, UPMC, Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse et ministère en charge de l'environnement