Les territoires sont inégalement armés pour la disponibilité en eau face au changement climatique. Les perspectives de sécheresses plus fréquentes pénalisent en particulier les régions à faible capacité de stockage comme le grand ouest en France. Dans ce contexte, pour augmenter les ressources disponibles, une alternative est de substituer les eaux pompées dans les nappes par des eaux usées traitées pour l’irrigation agricole. « Une telle valorisation a également l’avantage d’éviter le rejet dans la rivière d’effluents contenant des composants organiques ou minéraux que les agriculteurs apportent sous forme d’amendements ou d’engrais », lance Bruno Molle.

Attention aux pathogènes !

Depuis près de 10 ans, Irstea travaille sur la réutilisation des eaux usées épurées avec pour principal objectif de définir les conditions techniques pour prévenir les risques sanitaires liés à la mise en place de cette pratique pour l’irrigation. Dernièrement, l’institut a participé à un projet démonstrateur, Nowmma. Ce projet a été réalisé sur la station d’épuration de Mauguio (34) en vue de réutiliser les eaux usées traitées pour l’irrigation d’espaces verts, de cultures, le lavage de voieries et de véhicules. « Sur ce site pilote, nous avons travaillé sur le développement des biofilms (couches de micro-organismes se développant à l’intérieur des systèmes d’irrigation) qui peuvent boucher les distributeurs et potentiellement héberger des pathogènes. Pour minimiser les risques de dysfonctionnements, l’équipe a conçu un distributeur résistant au colmatage, objet d’un brevet. »

Les recherches Irstea ont porté également sur les éléments permettant de calculer le risque de dispersion de pathogènes. Les phénomènes de dérives de gouttes d’eau en cas d’aspersion ont été étudiés. « Il s’avère que les volumes en jeu se révèlent trop faibles pour induire un risque. » Cependant pour permettre de dessiner une législation adaptée et appuyée sur des réalités scientifiques, les chercheurs d’Irstea en collaboration avec l’Inra travaillent à la caractérisation de la survie des pathogènes dans les gouttes d’eau pour compléter l’analyse du risque sanitaire.

Une filière et un savoir-faire exportable

Pour l’heure, le projet Nowmma a permis de développer une filière complète de traitement et de réutilisation. Un savoir-faire qui est non seulement adaptable à un grand nombre de situations locales, mais aussi exportable aux pays du bassin méditerranéen. Dans les pays du Sud, confrontés à la pénurie en eau, les demandes explosent.

Partenaires : BRLI, Inra de Narbonne, Avignon et Montpellier, SAUR, Ecofilae, UMR IRPHÉ et UMR M2P2 Marseille