Irriguer oui, mais pas plus qu’il n’en faut. Ainsi, pourrait-on résumer le principe du « goutte-à-goutte enterré ». On alimente en eau la plante et pas le sol, ainsi on évite les évaporations de surface souvent accrue par la présence de mauvaises herbes.  En apportant l’eau directement aux racines des plantes cultivées, cette technique permet de réduire l’impact environnemental de l’irrigation. Constitué d’un système de gaines équipées de goutteurs et enterrées dans le sol à plus de 30cm de profondeur, le procédé a le double avantage d’apporter aux plantes l’eau qu’il leur faut et de permettre à l’agriculteur de labourer en surface.

Ainsi, depuis 2008 les essais réalisés par les chercheurs Irstea du centre de Montpellier sur les grandes cultures (maïs, sorgo, soja) en conditions de stress hydrique, sont concluants : une économie d’eau allant jusqu’à 30 % par rapport à un système classique par aspersion sans baisse de rendement et dans certains cas pouvant même augmenter celui-ci de 15 %. Pour Patrick Rosique, « le jour où les restrictions d’eau seront sévères et les volumes strictement alloués, les exploitations qui auront le goutte-à-goutte enterré seront très en avance sur les autres. »

Bien plus, un dispositif expérimental mis en place à la station de Lavalette (Montpellier) permet également  de quantifier les gains en productivité et les économies d’azote par rapport au système classique d’irrigation par aspersion. En effet, le réseau de goutteurs permet d’acheminer des engrais directement aux racines des plantes et favorise ainsi l’enracinement de plantes.  Ce procédé se révèle plus efficace, moins dispendieux et plus respectueux de l’environnement. On parle alors de fertigation, contraction de fertilisation et d’irrigation. 

Bien évidemment, cette technique comporte aussi quelques inconvénients : son coût d’installation est élevé pour une durée de vie qui dépendra de l’entretien des gaines et des goutteurs par des traitements de prévention (chlore et acide) pour lutter contre le colmatage. La maîtrise des pratiques de maintenance est stratégique pour garantir cette durée de vie, l’Irstea travaille d’ailleurs sur cet aspect. Il peut s’avérer qu’au cours de printemps secs un passage d’irrigation en surface soit nécessaire pour assurer la germination et permettre aux racines d’atteindre la zone alimentée par les goutteurs.  Enfin, elle ne convient pas à tous les sols et demande plus de technicité et d’observations.

Goutte-à-Goutte enterré : chercheur / agriculteur