Entre 2000 et 2010, pas moins de 48 % des milieux humides se sont dégradés en France. En effet, le développement de l’urbanisation, des infrastructures de transport (routes, voies ferrées, aéroport, …) ou encore les projets d’aménagement des cours d’eau, souvent indispensables à nos activités humaines, peuvent affecter ou détruire les zones humides. Pour remédier à ces détériorations, tous ces projets doivent faire l’objet d’une autorisation et s’accompagner de projets compensatoires. Il s’agit, généralement, d’opérations de restauration ou de création de zones humides, destinées à maintenir à l’échelle du bassin versant les fonctions jusque-là remplies par les zones humides impactées.

Dès lors, comment évaluer les fonctions remplies par une zone humide avant impact et s’assurer que le projet de compensation permettra d’atteindre l’équivalence fonctionnelle ? Pour y répondre, l’Onema et le Muséum d’histoire naturelle ont mis au point, avec d’autres partenaires dont Irstea, une méthode innovante d’évaluation des fonctions des zones humides.

Une méthode pour les acteurs des territoires

Conçue pour les acteurs locaux et recommandée spécialement par le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, cette méthode est :

  • rapide (2 demi-journées suffisent en alternant phases de bureau et mesures de terrain),
  • fiable (reposant sur une large bibliographie et des indicateurs validés sur le terrain),
  • accessible gratuitement (guide et fichier Excel pour son application sont remis sur demande)
  • et surtout applicable par des non-experts en zones humides.

touradons-SG.JPGUne combinaison inédite, car si des méthodes pré-existaient, elles n’étaient pas adaptées au contexte français (environnement, réglementation, …) et nécessitaient systématiquement l’intervention d’un expert en zones humides.

En réunissant, leurs compétences, les équipes d’Irstea, du Muséum d’histoire naturelle, du bureau d’étude Biotope et du LECA avec le soutien de l’Onema, ont ainsi permis une belle avancée dans l’application de la DCE. Désormais, il sera possible pour un Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) d’avoir une vision transparente du niveau de compensation écologique à l’échelle de son territoire. Aussi, Stéphanie Gaucherand, écologue à Irstea et ayant largement participé au projet, espère avant tout que cette méthode aura un effet dissuasif, en incitant les porteurs de projets d’aménagements à tout mettre en œuvre pour éviter et réduire leurs impacts dans des zones où la compensation écologique est déjà très à la peine.

 

Reposant sur la mesure d’une batterie d’indicateurs simples, la méthode permet d’une part, de caractériser les fonctions remplies par la zone humide avant impact et d’autre part, de choisir un site de compensation écologique conforme à la réglementation et susceptible, une fois restauré, de remplir tout ou partie des fonctions perdues suite à l’aménagement.

Ainsi, lors de l’instruction d’un dossier de loi sur l’eau, son application permet :

  • d’évaluer rapidement les fonctions d’une zone humide avant l’aménagement,
  • de conduire la même évaluation après impact,
  • de guider le choix du site de compensation et de l’évaluer avant restauration
  • et d’effectuer le suivi du site de compensation après restauration afin de s’assurer que l’équivalence fonctionnelle attendue a bien été atteinte

 

 guidezh-complet_Page_001.jpgPour parvenir à ce résultat, les chercheurs se sont basés sur la bibliographie scientifique disponible pour identifier 47 indicateurs simples renseignant sur 3 types de fonctions remplies par les zones humides (fonctions hydrologiques – biogéochimiques – écologiques). Un aboutissement, qui au bout de 3 années de travaux, a permis de résultats concluants lors des tests opérés entre 2014 et 2015 sur plus de 200 sites.

En parallèle de sessions de formation destinées aux agents de l’Onema, aux services instructeurs et aux bureaux d’étude, qui se mettent en place, de nouveaux travaux de recherche s’engagent déjà pour la perfectionner.

 

Au programme de la future version : un affinage des indicateurs des fonctions biogéochimiques (stockage de carbone dans le sol, dénitrification), une prise en compte des incertitudes liées au délai (calcul du ratio de compensation nécessaire pour pallier la perte du temps pris dans la récupération des fonctions) et aux risques d’échec (calcul du ratio de compensation nécessaire pour tenir compte du taux d’échec des actions de restauration envisagées).