Le changement climatique a longtemps été étudié au niveau global, alors que ses effets se font sentir à l'échelle locale et régionale, dans un écosystème et un territoire socio-économique donnés. C'est donc à cette échelle que les programmes d'adaptation doivent être envisagés. Le projet Adapt'eau porte sur les capacités d'adaptation de la zone Garonne-Gironde, considérée comme un modèle des environnements fluvio-estuariens. Ces milieux sont d'ores et déjà soumis à des épisodes plus fréquents d'étiages, crues et submersions. "Outre l'aspect local et l'adaptation, le projet repose sur deux autres principes : d'une part faire "tenir" ensemble des savoirs relevant de disciplines diverses, ce que les anglo-saxons appellent la consilience, d'autre part traduire ces savoirs en pratiques" explique Denis Salles qui coordonne le projet.

Des ateliers interdisciplinaires pour construire des visions du futur

Il a d'abord fallu accumuler des connaissances. Des disciplines aussi diverses que la modélisation hydrologique et climatique, l'écologie (impact des variations de niveau d’eau), la géochimie (comportement des polluants en situation d'étiage ou de crue), l'économie (indice de qualité de vie des communes), la géographie et la sociologie (perception des riverains, gouvernance des risques) ont été convoquées pour construire une représentation commune du système Garonne-Gironde.

Les chercheurs réunis en atelier ont ensuite construit quatre scénarios d'évolution possibles à l'horizon 2050. Le premier scénario consiste à laisser se poursuivre la tendance actuelle (étalement urbain, agriculture intensive) et il conduit à une baisse du débit et à un écosystème fortement dégradé. Le deuxième scénario repose sur une politique volontariste qui consacre la prééminence de l’agriculture irriguée et des aménagements de stockage et de prélèvements d’eau : les débits diminuent progressivement, la mer remonte dans l’estuaire et la qualité écologique se détériore. Le troisième scénario envisage une adaptation concertée entre métropoles et filières tournée vers l’économie verte. Une gestion interventionniste de l’écosystème permet d’augmenter qualité écologique. Enfin, le quatrième scénario envisage une prise de conscience des enjeux du changement climatique et un pilotage local et proactif de l’adaptation. Face à de fortes variations hydrologiques, de nouvelles dynamiques écologiques s’installent dans un écosystème délibérément peu aménagé.

Une mise en débat avec les acteurs du territoire

Enfin, les habitants et acteurs du territoire ont été invités à discuter les scénarios. Les considèrent-ils comme crédibles ? Souhaitables ? Cette mise en débat ouverte et pluraliste de la prospective permet de réintroduire une dimension politique dans les échanges sur les enjeux propres au territoire.

 

Partenaires : Université de Bordeaux, EPOC, GREThA, CNRS, Inria, EcoLab, GEODE, CERTOP, Université de Toulouse, INP-ENSAT